Sodome et Gomorrhe

Archives de mots clés: littérature

Un doux chemin vers l’Enfer – Là où crèvent les illusions

Vous savez, des fois, ça me manque d’écrire. Sans but. En laissant divaguer les mots parce que finalement c’est pour ça qu’ils sont faits. Divaguer. Cette année, puisque c’est le temps des bilans, j’ai tenté d’échapper à l’écriture. Tenté de m’échapper de la littérature. Essayé de fuir. Ça m’est revenu comme un poing dans la gueule. Et là, tout de suite, je me sens stupide d’avoir voulu échapper à la seule chose que j’arrive à accomplir. La seule chose qui me maintient dans ce grand gros monde blanc. Je m’accroche à la plume comme je m’accroche au monde : désespérément. Avidement. Dans un mélange souvent nauséeux – j’en suis conscient – de passion et de dégoût, de désir et de détestation, d’amour et de répulsion. Je ne vis que grâce à l’encre noire qui coule dans les veines sales de mon corps de papier, cadavre brûlé souillé déchiré gisant entre vos mains comme dans une tombe. Cher lecteur, vous êtes le cimetière dans lequel je repose.

Louise Erdrich – Le jeu des ombres

Mes chers amis. J’ai pensé que ça manquait vraiment de livres, par ici. Je veux dire: il est bien clair que c’est un blog littéraire, dans le sens où j’y consigne les pires de mes déviances dans des textes que personne ne lit, ou presque. Mais paradoxalement, j’écris assez rarement sur les déviances des autres. Et, bon, je parle de déviance parce que pour moi la littérature est par essence une déviance. Elle n’existe que pour empêcher le monde de tourner correctement, dans une trajectoire trop lisse, trop droite, trop parfaite. La littérature existe pour frapper. Et c’est donc pourquoi j’ai pris la résolution de faire part des mes lectures un peu plus souvent.

Ta mort heureuse, etc.

J’ai posé dans ma tête un contrat sur ton visage, afin que mes fantôme sachent: s’ils te voient, ils te tuent. Et quand j’aurai trouvé où se cache ton souvenir, quand j’aurai découvert quelle partie de ma tête tu as parasité, quand j’aurai débusqué la source, je t’exterminerai. Je paierai mes fantômes-à-gage en larmes de rire, m’exilerai dans ce cirque au son d’un accordéon malade, et je partirai, confiant à tout ce bruit le soin de t’oublier. Avorter ce sentiment fauve, cet embryon d’affection qui perce ma tête et parasite mes idées. Que l’oubli soit ta mort heureuse.

Plus loin

J’ai arrêté quand j’ai senti dans tes yeux comme une absence. J’ai su que tu étais après. Après retrouvé, avoir la vie comme héritage, tu avais la mort comme passé. J’ai arrêté de te parler. Sur ton lit blanc, sorti de ton coma tu avais dans ton regard quelque chose qui tenait du miracle : plus loin, l’avenir trop proche…
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Mémoire d’un Amnésique

Deux heures avant la nuit Moi et ma mémoire. Ambroise broie du noir. Je bois du noir. Moi et ma mémoire d’amnésique, comme mes yeux vides, ma mémoire blanche, ma mémoire cocaïne. Envie de me foutre en l’air, de me planter dans le décor. Filer vite, très vite entre les doigts du destin. Comme si j’insultais le futur, comme si…
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Stephen King: le fascisme sous le “Dôme”

Il est assez courant de penser Stephen King comme un simple écrivain divertissant. Tout juste lui accorde-t-on le génie nécessaire pour raconter de bonnes histoires d’horreur. Stephen King est pourtant un écrivain majeur de la littérature américaine, et ses livres ne s’arrêtent pas à la description talentueuse de phénomènes surnaturels, mais dessinent toujours une fresque sociale minutieuse, portée par des personnages profonds et complexes, fresque décrivant les rapports souvent compliqués entre classes et générations, les coulisses plus sombres du “rêve américain”, et l’individualisme profondément ancré dans la culture américaine. Dôme, colossal roman de plus de 1000 pages, n’échappe pas à cette règle, mais est aussi et surtout une terrifiante chronique de la montée du fascisme.

Au commencement, ce n’était pas de la douleur

J’ai regardé la corde. Je respirais. Je respirais et j’ai regardé la corde comme si elle était déjà souillée de mon sang. Cette fine corde. Fine corde. La veille, la musique, j’emportais avec moi les cris de quelqu’un d’autre. Un vacarme allant et venant, crochetant, se fermant, se rouvrant en cadence, petite lueur dans la frêle mélodie, crescendo et puis finale, dernier souffle, de toute façon la première fois n’est jamais qu’une répétition. Et le crime jamais qu’une partition. La vie. Le compositeur. Je ne suis que deux mains sous une tête de douleur. Le trottoir dur sur lequel je me prostitue, le béton et les pavé de la musique et de la littérature.

Je suis heureux

C’est le matin, je me lève, dans ma tête c’est plein de brouillard, je marche sur des idées-lunes, je marche dans le vide, mais ça me suffit, j’ai mes pilules. Putain, je suis heureux, je vais bientôt doubler la dose, je souris, j’en ris, je me sens bien, je prends la jolie pilule blanche. C’est le matin. J’arrive à regarder…
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