Sodome et Gomorrhe

Playlist : Pride (but make it Queer)

La Pride, c’est aussi une fête. Une célébration. On ne peut pas aujourd’hui retirer à la Pride l’image de ces marches colorées, festives, à la musique recrachée à plein volume par des chars pailletés. Des tubes pop, de la Dance, des artistes bien connues du public, labellisé.e.s « icônes gays »… tout en étant parfaitement hétérosexuel.le.s. Madonna, Cher, Mylène Farmer, Britney Spears, autant d’icônes plus ou moins alliées de la cause (à un niveau plus ou moins opportuniste, ne nous voilons pas la face) qui trustent 90% des playlists Pride existantes.

À l’heure où ne nombreux artistes Queers peinent à se faire entendre, à se produire, à vivre de leur musique, à exister dans un espace médiatique encore très largement hétéronormé – à l’image de notre société -, il est assez étrange que la grande majorité de la musique écoutée pendant la Pride est produite par des artistes cisgenres et hétérosexuel.le.s. Ce constat fait, en faisant les comptes, je ne connaissais pas tant d’artistes Queers que j’aimais le croire – même si je suis certain de battre n’importe quel hétéro à ce jeu. Ce fut donc un défi passionnant de construire cette playlist de presque quatre heures de musique de tous les styles (rock, punk, pop, metal, soul…) à partir d’artistes LGBTQIA+. En ce sens, j’aimerais faire un focus sur trois artistes en particulier.

Bashar Murad

Comme beaucoup, j’ai découvert Bashar Murad à l’occasion de l’Eurovision 2019, qui se déroulait cette année à Tel Aviv, Israël. Cette vaste opération de pink washing du gouvernement Israélien était sous tension alors qu’un groupe Islandais, Hatari, menaçait de gâcher cette « grande fête apolitique » en osant évoquer le sujet que tous les autres lâches ont décidé de taire : la Palestine occupée. Ce fut le cas lors du décompte des points, un bref moment les membres du groupe déployèrent des écharpes aux couleurs de la Palestine avant qu’elles leur soient arrachées par la sécurité. Quelques jours plus tard, Hatari dévoile un clip, « Klefi/Samed », tourné en secret en Palestine avec le chanteur queer Palestinien Bashar Murad.

Bashar Murad est un chanteur pop Palestinien, fils de Said Murad, fondateur du groupe alternatif Palestinien Sabreen. Dans ses chansons et clips, il évoque sans tabou les limites de l’hétéro-normativité et les frontières du genre. Dans son très réussi dernier EP, Maskhara, il évoque sur des rythmes pop et dance la frustration de la jeunesse palestinienne, abandonnée par des dirigeants fantoches et oppressée par un État colonial et raciste pratiquant l’apartheid. Mention spéciale à la chanson titre « Maskhara » et au génial « Intifada On The Dance Floor ».

Judas Priest

La présence de ce groupe historique du Heavy Metal britannique pourrait étonner. Pourtant, un article publié en 2019 dans le magazine spécialisé Kerrang! nous apprenait que ce groupe adoré par des hordes de bikers métaleux amoureux de cuirs et de virilité (au sens hétéro du terme) avait une histoire queer secrète. Cette histoire, c’est celle de son chanteur et leader, Rob Halford, gay et out depuis 1998.

Dans son autobiographie Confess, Rob Halford raconte ses difficultés à vivre sa sexualité au beau milieu des années Thatcher dans une société britannique intolérante et conservatrice. Il raconte son aventure avec un Sergent nommé Steve sur une base militaire dans laquelle il entrait en cachette pour des nuits de sexe avec Steve et sa femme Dawn. Il raconte aussi la manière dont il se forçait à « agir comme un hétéro », ainsi que son arrestation pour « comportement indécent » alors qu’il pratiquait le cruising dans des toilettes publiques. Ces anecdotes pourraient prêter à sourire si elles n’était pas la réalité de nombreux homos, exclus de tous les lieux de rencontres, forcés à la marginalité et à la clandestinité puis arrêté dans des parcs ou toilettes publiques.

Ainsi, dans certains titres de Judas Priest, Rob Halford écrit un sous-texte parlant de sexualité gay, de cruising, de la peur d’être arrêté, et de fetish (« Hell Bent For Leather », notamment). Au-delà du sourire que me procure l’image de ces hordes de métaleux hétéros hyper virils headbangant bière à la main sur Rob Halford chantant son amour du fétichisme cuir, il me semble approprié de reconnaître ces titres comme une part importante de la musique Queer.

Dog Park Dissidents

Ce duo punk rock queer de la Nouvelle-Orléans, Los Angeles et Long Island est composé de Zac Xeper et de Jon Greco. Ils décrivent leur musique comme « tordant les styles, les genres et la décence, mélangeant l’énergie du punk anarchiste avec le pop-punk contemporain et du kitsch flamboyant. » Le duo s’est fait remarquer dès son premier EP Sexual and Violent, publié en 2017. Alors qu’ils viennent de sortir leur dernier EP ACAB for cuties, il est temps de se pencher sur la recette explosive de ce duo punk queer.

Dans « Queer as in Fuck You », qui ouvre la playlist, le texte parle du capitalisme arc-en-ciel, l’exploitation par les marques de nos combats pour se refaire une image. Dans « Rainbow Drones », ils raillent l’homo-nationalisme, qui se réjouit que les homos puissent servir dans l’armée : « Ils ont dit aux gamins queers ‘ne vous suicidez-pas / Parce que si ça va mieux, vous pourrez tuer quelqu’un d’autre’ ». Dans « Rupaul Frack Race », ils dénoncent la cupidité sans limites de l’icône Rupaul qui, non content de s’être approprié une culture pour en faire un business juteux, loue les terres de son ranch pour l’exploitation de gaz de schistes.

Et Enfin… La Playlist

La playlist “Pride (but make it Queer)” est disponible exclusivement sur Spotify. Ajoutez-la à votre bibliothèque, partagez-la, écoutez-la sans limites pour cet été des fiertés ! Be Loud ! Be Proud !

Oskar Kermann Cyrus

Laissez un commentaire