Sodome et Gomorrhe

Macron, bouée du vieux monde

Macron, arche de Noé du vieux monde

10 décembre 2016, Paris, Porte de Versailles, l’image d’un homme vociférant, postillonnant, les traits crispés, le corps tendu dans une posture christique absurde provoque l’hilarité sur la toile. Emmanuel Macron, ancien ministre adoubé par les médias, donne un premier grand meeting à 400 000 euros devant 15 000 curieux revendiqués. Près de deux mois plus tard, et après une primaire socialiste qui a vu l’aile gauche envoyer une droite à un Manuel Valls déconfit, l’ancien banquier de Rothschild a rallié une ribambelle hétéroclite de socialistes droitiers, de communicants, de cadres de la finance, de centristes égarés et de personnalités de droite ayant tous en commun une détestation un peu obsessionnelle pour le code du travail et un mépris hautain de la populace, le tout sans avoir dévoilé une page de son programme. Avouez, le nez englué dans une période politique floue et turbulente, que cette foule apeurée qui se presse autour d’un prophète fabriqué a des airs d’arche de Noé.

Une timide clarification à gauche

La deuxième claque envoyée à Valls aura été la meilleure. Candidat du gouvernement à la primaire d’une Belle Alliance Populaire pleine de coquilles vides, à la suite d’une campagne absurde puis violente où – après l’avoir utilisé six fois en deux ans – il promettra l’abrogation de l’article 49.3 et laissera ses portes-flingues (dont l’inénarrable Caroline Fourest) traiter Benoît Hamon et son équipe d’islamo-gauchistes – terme né d’une extrême-droite pourtant en pleine ascension -, Manuel Valls se sera incliné face au candidat d’une aile gauche pâlichonne mais rafraîchissante. Hamon a confirmé ce que les succès de Macron et Fillon avait timidement suggéré: à droite comme gauche, la question sociale l’emporte sur la question identitaire, et les naboléons autoritaires s’en trouvent passablement ringardisés.

Au sein d’un PS dirigé par l’aile droite sous les traits du délirant Cambadélis – qui ne verra probablement pas le PS passer les 500 000 adhérents souhaités sous son règne – c’est la panique. Le jeune rêveur adoubé par la plèbe (maigre, mais passons) promet de défaire ce qui a été fait (ou au moins une partie), et l’horizon semble bien sombre pour les tenants d’un social-libéralisme à l’agonie dans toute l’Europe (l’italien Matteo Renzi est la dernière victime en date de cette réjouissante hécatombe). Las, Gérard Collomb n’aura pas attendu les résultats de la primaire pour rallier aussitôt le candidat « ni de gauche » (ni de gauche). Après les résultats, ce n’est pas encore l’hécatombe, mais plusieurs parlementaires socialistes suivent le mouvement. Cazeneuve et El-Khomri (toujours candidate aux législatives dans le 18e arrondissement) froncent les sourcils et somment Hamon d’arrêter ses bêtises, quant à Hollande il se contentera de tweeter ses félicitations… à l’équipe française de handball.

Finalement, avec un Valls muet et une hémorragie loin d’être sévère, entre aile droite et aile gauche, la clarification promise par la nomination de Hamon n’a pas encore eu lieu. Gageons que nous verrons d’autres défections à la convention socialiste de ce dimanche.

L’affaire Pénélope, boulet de Fillon, une aubaine pour Macron

Nouveau coup de théâtre, à droite cette fois. François Fillon, visé par une enquête du Canard Enchaîné, voit son habit immaculé de chevalier de l’honnêteté se cramer plus vite que la crédibilité de BHL à la page 122 de sa critique de Kant (remember ?). Le premier de la classe aurait rémunéré sa femme quelques 900 000 euros pour un emploi – nécessairement surpayé – d’assistante parlementaire pour lequel elle aura été, et c’est le moins qu’on puisse dire, assez discrète, voire fictive, selon les commentaires. S’ajoutent à cela divers prélèvements ici et là, des cadeaux à ses enfants et un détournement des dons de la campagne vers un micro-parti assez suspect. Bref, son image s’effondre, sa candidature jugée caduque par certains de ses copains de bac-à-sable qu’il n’aurait certainement pas aimé connaître lors de la dernière (je blague), et des concurrents déçus tout pressés de prendre sa succession. La saison sept de Game Of Thrones arrive plus tôt que prévu, il y a le feu à la maison et il y aura sûrement des morts.

Mais à qui profite le crime ? Paniqué, le clan Fillon hurle au complot et à la saison « des boules puantes » (connais pas) et accusent pêle-mêle les médias, la gauche, le gouvernement, Macron (les franc-macs, les illuminatis, Big Foot et le dahu) d’avoir orchestré COMME PAR HASARD ce déballage pas très propre DANS UN TORCHON BOLCHO (!!! comme dirait Morano). Cependant, passé le grotesque de ces accusations, on peut constater que tout ce déballage sert bien Sir Emmanuel (vous n’êtes pas obligés de rire), qui se retrouve soudain, éjectant Fillon hors du second tour, favori de la présidentielle (dans les sondages). Bien sûr, dès le lendemain des primaires de la droite, il avait déjà rallié un certain nombre de groupies de pé-ju, dont les espoirs s’étaient crashés dans les broussailleux sourcils du discret premier-ministre de Naboléon 1er.

Fait-il la synthèse, cet homme qui trouva un temps « dépassé » le concept d’élection et qui confessait sa nostalgie du temps où une figure monarchique regardait de haut, et plein d’affection, son peuple affamé ? Quel est le point commun entre cette droite et cette gauche, sinon d’avoir toutes deux déçues le peuple, et en moins de dix ans ?

L’ancien monde trouve son sauveur

Aussi ridicule que fut sa posture christique, il y a de ça, dans le regard des « marcheurs ». Car il faut une sacré dose de crédulité pour suivre un homme sans programme, avec dans ses valises un bilan catastrophique. Moqué pour ses cars qui prennent déjà l’eau de toute part, Macron aura péniblement imposé – à coup de 49.3 – le travail le dimanche (et spoiler: c’est un échec) et serait un des rédacteurs de la loi travail. Un bilan pas très reluisant qui le placera tôt ou tard dans le rôle pas très envié de candidat du gouvernement. Un bilan en tout cas impopulaire. Les cars Macron ne roulent plus – et du coup les trains non plus – les centres commerciaux dissimulent mal les pertes colossales que provoquent une ouverture le dimanche (les clients n’ayant pas vu leur paie renflouée d’un jour ne consomment logiquement pas plus que quand ils se contentaient de regarder le botox de Drucker suer sur leur écran plat), et la loi travail promet déjà plein de joyeusetés niveau chômage de masse et souffrance au travail – en plus d’avoir été violemment imposée à coups de matraque.

Une politique ultra-libérale archaïque parée des atours de la modernité, on rétablit l’esclavage sous le nom d’uberisation, on veut « une France d’entrepreneurs » mais en fait de pauvres ballots sommés de travailler 60 heures par semaine pour avoir un salaire digne de ce nom, on prône la concurrence entre travailleurs et capitalisme triomphant, difficile, en fin de compte, de voir en Macron l’espoir citoyen qu’une armée de communicants ont finement marketé, et les ralliements de vieux loups de la politique le confirment bel et bien: c’est le vieux monde à l’agonie, celui que la population vomit sans trop savoir à quel saint se vouer, celui qui crève par à-coups partout dans le monde, qui voit l’extrême-droite triompher grâce à un discours populiste bien rodé – et à cause d’une gauche décrédibilisée par les errements libéraux des sociaux-démocrates ; ce vieux monde voit en Macron le coup de jeune à-la-mode, le dernier round marketing, le dernier espoir de survie, son arche de Noé face au déluge – incarnés à gauche par les rêveries maladroites de Hamon et à droite par la montée du diable Front National.

#Nimportequi2017

Candidat du gouvernement comme de l’opposition de droite, d’économistes faussaires, de demi-intellectuels, de vieux milliardaires gâteux et de clowns médiatiques, il se retrouve à la tête d’un olympe caricatural au sein duquel siègeraient, grotesques figures déconfites, les Minc, les Bergé, les Collomb, les Haïm, tous tremblants, terrifiés à l’idée que plus personne dans ce bas monde ne vénère leur pensée mitée.

Sincères condoléances,

Oskar Kermann Cyrus

Depeche Mode se demande, comme nous tous: “Where’s the Revolution”

1 Commentaire

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