Sodome et Gomorrhe

État d’urgence : les dérives d’un pouvoir aux abois

Heavy coup de gueule. – Mediapart a lancé ces jours-ci un observatoire des dérives et bavures policières liées à l’état d’urgence récemment reconduit pour trois mois à la quasi-unanimité par l’Assemblée et le Sénat. Une liste terrifiante qui réhabilite la délation comme sport national, constate des perquisitions arbitraires à caractère clairement raciste, sans compter les nombreux autres cas de perquisitions abusives – sans lien avec le terrorisme – permises par des petits cow-boys de préfectures enfin libérés du « poids » de la justice – cette chose désuète que l’on appelle « État de droit ». Derrière cette liste noire de bavures policières s’installe doucement l’odeur nauséabonde d’un État policier, mis en place par un pouvoir qui justifie sa dérive autoritaire par notre sécurité.

Faire taire les gêneurs

C’est en lisant le récit de l’arrestation de la présidente d’une association de défense du patrimoine à Meudon que je me suis demandé, pendant un instant, s’il était prudent d’écrire ce texte. L’instant d’après, je réalisais l’absurdité d’une telle pensée. Quelques minutes plus tard, je lisais le billet de Mathieu Magnaudeix sur cette députée socialiste, Sandrine Mazetier, qui envisageait de réinstaurer le contrôle de la presse. C’est là que j’ai compris que ma crainte n’était pas tellement absurde.

Le « Comité de Défense de l’Avenue du Château », basé à Meudon, compte un peu plus de 500 adhérents. On ne dirait pas, comme ça, que cette association au nom en apparence inoffensif cache un réseau de terroristes liés à l’État Islamique. Leur combat ? La défense et la conservation des grands tilleuls de l’avenue en question, « monument historique », précise Georges Royer, responsable associatif à Meudon. L’alibi des islamistes est décidément très élaboré. Mais, se dit-on, par qui sont menacés ces grands tilleuls ? Les affaires culturelles.

Deux femmes « plutôt frêles » sont donc montées dans ces tilleuls pour alerter l’opinion. Résultat : déploiement d’une cinquantaine de policiers avec « gilets pare-balles et mitraillettes ». Arrêtées violemment, menottées, elles passeront 12 heures en garde à vue. Pendant ce temps, les terroristes courent toujours.

La délation, ce sport national

Dans les écoles, collèges, lycées, c’est la psychose. Cette enseignante en collège nous raconte que ses collègues entendent des « Allah akbar » à chaque coin de couloir. La CPE croule sous les rapports de ces petits imbéciles qu’un racisme latent rend paranoïaques.

En Haute-Garonne, la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale a envoyé un étrange appel à la délation aux directeurs d’écoles, accompagné de tableaux Excel à remplir :

« Mesdames, Messieurs les directeurs d’école,

S/C de Mesdames, Messieurs les IEN,

Je vous remercie de faire remonter au sein de ces tableaux ci-joints envoyés par le Ministère, les éventuels comportements préoccupants constatés (soutien aux terroristes, opposition ou réprobation à la minute de silence), à cette adresse avant 16 h. »

À Avignon, Beur FM signale le cas de Daoud, non-voyant, dénoncé par sa voisine (que l’on n’aurait pas aimé connaître lors de la dernière) pour radicalisation parce qu’il s’est rasé la barbe (si, je vous jure). Il doit désormais pointer trois fois par jour au commissariat, sans voiture, sans accompagnateur et sans canne blanche, confisquées par des milici… policiers pour qui sa cécité « n’est pas avérée ».

« On profite des moyens disponibles »

À Lille, les cadavres des victimes des attentats du 13 novembre était encore chauds le mardi suivant quand le préfet a « profité des moyens disponibles » pour déloger des squatteurs… à l’aide du RAID, vachement mobilisé pour retrouver les terroristes, du coup.

À Saint-Denis c’est Ahmed, sans-papier égyptien de 63 ans, victime des terroristes et qui a tout perdu lors de l’assaut des forces de l’ordre, qui fait les frais des dérives de l’état d’urgence. Sur son lit d’hôpital, il reçoit des services de l’État une obligation de quitter le territoire. Devant le scandale, la préfecture reculera un jour plus tard.

Dans un autre article, Médiapart révèle que sur les 1200 perquisitions administratives qui ont été ordonnées en France depuis les attentats, la grande majorité de celles-ci ont été complètement inefficaces, quand un certain nombre d’entre elles n’avaient même rien à voir avec le terrorisme. Poker illégal, stupéfiant, les petits cow-boys de préfectures profitent allègrement d’être libéré de la justice pour boucler des affaires annexes.

Rester vigilant

C’est à la lecture de tous ces témoignages que l’on mesure le rôle indispensable de la justice dans la canalisation de ces petits miliciens grisés par le pouvoir de l’uniforme, et pas forcément doté d’un QI très élevé. Lors d’une perquisition – infructueuse – au restaurant Pepper Grill à Saint-Ouen-L’Aumône, dans le Val-d’Oise, trente policiers suréquipés ont défoncé, en plein service, des portes… ouvertes. Probablement excité par l’idée de faire tout comme dans leurs films d’action préférés. Rassurant.

Sincères condoléances,

Oskar Kermann Cyrus

bonus

2 Commentaires

  1. Un partageux

    Ce qu’il y a de bien en lisant ta bafouille, c’est qu’on découvre qu’on est passé à côté de certains épisodes. Les tilleuls et l’aveugle “non avéré” sont deux affaires qui grandissent encore notre bien-aimée police…

    Bien d’accord avec ta conclusion sur le rôle indispensable de la justice même si elle est trop à l’écoute des riches et des puissants comme au temps de La Fontaine avec ses “animaux malades de la peste”.

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    1. Oskar Kermann Cyrus (Auteur de l'article)

      La Quadrature du net a fait une page de recensement de ces incidents ici: https://wiki.laquadrature.net/%C3%89tat_urgence/Recensement … Ce que j’ai mis dans l’article n’est, hélas, qu’une infime partie de la réalité. De nouveaux cas s’ajoutent tous les jours. Le préfet de Dordogne, par exemple, qui ordonne une perquisition chez des maraichers bio, militants écologistes, arguant qu’il cherche “tout élément susceptible de troubler l’ordre public”. Il ne parle même pas de terrorisme.

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