Sodome et Gomorrhe

« The Long Way Home », l’Odyssée de Louise Penny

coupdecoeurmkAuteure canadienne, Louise Penny publie The Long Way Home, dernier né de la série de l’inspecteur Gamache, un personnage atypique de flic Montréalais qui a fait son succès. Désormais à la retraite, Gamache se lance à la recherche de Peter Morrow, artiste peintre froid et torturé. Entouré d’une joyeuse troupe d’amis, il part dans une odyssée en clair-obscur, plongée vertigineuse dans l’esprit tourmenté de son ami Peter.

J’entretiens depuis déjà un petit moment une relation fétichiste avec les livres en « hardcover » (couvertures rigides), spécificité de l’édition anglo-saxonne (entre autres). Pour être tout à fait honnête, c’est principalement pour cette raison que je me suis mis à lire en anglais. Le confort de lecture y est incomparable. Les lignes sont aérées, la typographie y est parfaite, le papier est superbe : fétichiste, je vous dis. C’est ce fétichisme qui m’a conduit à me saisir de ce livre dans l’excellente librairie « La Colline aux livres » à Bergerac (en Dordogne). Un polar édité chez Sphere ne peut pas être totalement mauvais, me suis-je dit, et, faisant fi de son prix exorbitant (dixit la libraire), je me suis ruiné.

Une retraite paisible

Installé dans le paisible village de Three Pines (inventé par l’auteure), l’ancien inspecteur en chef de la police criminelle de Montréal Armand Gamache tente tant bien que mal de vivre une retraite heureuse. Tous les matins, il marche un peu et s’assois sur ce banc. Il sort de sa poche un livre – Gilead de Marilynne Robinson – et en lit quelques lignes avant de le fermer et de repartir. Il ne lit pas très vite.

De sa fenêtre, Clara Morrow l’observe, curieuse et intriguée. Soucieuse, aussi. Tous les matins depuis quelques jours, elle va le rejoindre sur le banc, essayant de jeter un œil sur la couverture de ce livre. On la sent hésitante, prête à demander quelque chose, inquiète. Son mari Peter n’est pas venu à leur rendez-vous, pris un an plus tôt lors de leur séparation.

Cette inquiétude sourde transparaît subtilement de l’écriture délicate de Louise Penny, qui amène doucement le lecteur à l’inquiétude de Clara, à travers l’apparente confiance de Gamache, qui sent sa vocation d’enquêteur ressurgir comme une envie de fumer.

A la recherche de la dixième Muse

Une odyssée étrange s’engage alors. Gamache en parle à Jean-Guy, son gendre et successeur à la police criminelle. Aidé de sa femme, d’une poétesse excentrique du nom de Ruth et de ses amis, il part à la recherche de Peter, qui semble s’être lancé dans une quête mystique : la recherche de la dixième Muse, celle de l’Art, absente de la mythologie grecque. Peu à peu, Gamache comprend que Peter s’est perdu dans sa quête, et son absence devient alors de plus en plus suspecte.

Louise Penny s’inspire d’Homère – la poésie du voyage, l’exil, la quête d’un chez-soi qui finalement est intérieur – Gamache cherche son bonheur, Peter l’inspiration et la passion qui a toujours été absente de son travail, Clara cherche le pardon, la paix. Tous sont en quête d’un accomplissement, d’une paix intérieure, qu’ils trouvent de manière éphémère dans la contemplation d’un paysage ou d’une œuvre d’art. Ils cherchent à rentrer chez eux.

Plus qu’un récit policier, The Long Way Home est une quête épicurienne du bonheur. Louise Penny peint avec beaucoup d’humour et d’attachement des personnages bons vivants et atypiques. Délicate, son écriture nous fait ressentir autant la grandeur paisible de ces paysages que l’angoisse floue de l’absence. Un livre beau, froid comme une journée d’hiver, chaleureux comme un feu de cheminée, joyeux et insouciant comme la belle population de Three Pines.

Nestor Malakoda

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