Sodome et Gomorrhe

Dirty PÖP (And The Rest Is Drag)

“I’m born naked, and the rest is drag !” RuPaul est la première Drag Queen superstar. Pas la première icône – on pense à Divine, muse trash des films de John Waters – mais la première à dépasser le cercle underground de la communauté LGBT, et à amener la culture Drag a un niveau mainstream. Grâce à RuPaul, les Drag Queen sortent des boîtes gays pour envahir le petit écran – grâce à son émission RuPaul’s Drag Race – et les théâtres, mais surtout pour squatter les premières places des charts. Pouvais-je seulement passer à côté de ce phénomène pop ?

Le terme serait né au XVIIIe siècle, et désignerait les robes des travestis traînant au sol (to drag = traîner), accolé au mot queen, qui a toujours désigné les homosexuels. Une autre étymologie (“fictive” selon certains), la ferait remonter à l’époque où les femmes ne pouvait pas se produire sur scène et où les hommes se travestissaient pour jouer les rôles féminins, drag serait donc le raccourci pour dressed as a girl. Mais quelle que soit la vraie étymologie, elle vient du spectacle, du théâtre, de la démesure. Questionnant le genre, les canons de beauté imposés aux femmes, tournant en dérision les fantasmes hétérosexuels masculins avec outrance, la culture drag se développe en marge de la société, parmi les exclus, et se fait souvent le véhicule d’une véritable critique sociale.

Il faut le rappeler, ce sont des Drag Queen et des trans qui ont débuté les émeutes de Stonewall en juin 1969, point de départ du mouvement des droits civiques LGBT aux Etats-Unis puis partout dans le monde (les gay prides célèbrent chaque année cet événement). Le Stonewall Inn était un bar essentiellement fréquenté par des personnes trans, des drag queen, des noirs – les plus exclus de la communauté LGBT. Mais de Stonewall à RuPaul’s Drag Race, un long chemin a été parcouru – un long chemin qui passe par les films de John Waters, par les tubes de RuPaul, par les premières places des charts, et par l’incroyable victoire de Conchita Wurst à l’Eurovision.

Divine, icône trash

Le personnage de Divine apparaît pour la première fois dans Mondo Trasho, de John Waters, film encore inédit à ce jour (Waters n’a toujours pas payé les droits pour les titres utilisés dans la bande son), inspiré par le film Mondo Topless de Russ Meyer, hommage au genre “Mondo”, pseudo-documentaire racoleur et trash. Divine – Glenn Milstead de son vrai nom – y joue une “blonde corpulente” renversant une jeune femme avant de finir en hôpital psychiatrique, gagnée par la culpabilité. Mais la popularité de Divine explosera en 1972 avec le cultissime Pink Flamingos, où elle est désignée “personnage le plus dégoûtant de la planète” – et mange, à l’occasion, une merde de chien (sans trucage). Mais c’est en 1981 qu’elle se mettra à la musique avec “Born To Be Cheap”, son premier single.

Enchaînant les singles et les prestations télévisées, elle sort en 1982 le bien nommé My First Album dans lequel on retrouve notamment “Shoot Your Shot”. C’est en 1984 qu’elle sort le tube “You Think You’re A Man”, dont vous reconnaîtrez peut-être l’air entêtant.

Glenn Milstead meurt en 1988 d’une apnée du sommeil, laissant abasourdi toute la culture underground. Il aura contribué à populariser la culture drag, son univers, son vocabulaire, ses codes, mais aura surtout fortement marqué le cinéma underground et l’imaginaire populaire en inspirant le personnage d’Ursula dans La Petite Sirène, sorti un an seulement après sa mort.

RuPaul (is born naked)

La papesse drag queen, c’est elle. RuPaul – de son vrai nom RuPaul Charles – est la première drag queen à amener le drag aux sommets de la culture pop. Elle apparaît au début des années 90, où elle apparaît dans plusieurs émissions de télévisions et fait danser les foules au son très disco de ses tubes. Surnommée “Reine de Manhattan” par les DJ new-yorkais, elle règne sur le monde de la nuit. RuPaul se lance également dans le cinéma underground (Starbooty, 1987). C’est en 1993 qu’elle se lance dans la musique avec l’album Supermodel of the World, porté par son single éponyme.

Icône médiatique, il côtoie rapidement le monde de la mode, et devient une personnalité incontournable de la culture gay. RuPaul sort régulièrement des albums, qui ne brillent pas forcément dans les charts mais sont très repris dans les clubs. Depuis bientôt huit ans, il dirige et présente l’émission RuPaul’s Drag Race, émission de “télé-réalité” où des drag queen s’affrontent dans des défis de couture, de play-back, de chant, de comédie, d’humour. Au-delà de l’aspect spectacle, l’émission met l’accent sur la situation sociale des candidats : leur précarité, leur exclusion, leurs vies tumultueuses – prison, addictions, dépression, agressions, marginalisation – et l’impact de la société hétéro-normée sur leurs existence. Bien que diffusée uniquement dans les pays anglo-saxons, le succès de l’émission est planétaire.

Adore Delano, (the “polish remover”)

Finaliste de RuPaul’s Drag Race, Adore Delano s’est fait remarquer par sa voix extraordinaire, son attitude sale gosse et son langage assez peu policé (il dira d’ailleurs à plusieurs reprise dans l’émission “I’m polish remover”, littéralement “je suis du dissolvant de verni”, jeux de mot entre “to polish”/polir et “polish”/le verni). Ancien candidat d’American Idol, la musique n’est pas pour lui un amusement passager. En témoigne son premier album “Till Death Do Us Party”, arrivé #1 au Billboard Dance Chart, dont la production et les compositions soignées dénotent assez nettement des autres albums de Drag Queens.

Actuellement en tournée au Royaume Uni, il prépare également la sortie de son deuxième album. Amoureux du son à la fois dansant et mélancolique des années 80, il reprend notamment “Give Me Tonight”, repris dans la BO du film Party Monster. Son album est un concentré de ces sentiments. Il dit aimer “l’ironie du mélange entre la musique dance et le désespoir. C’est presque comme célébrer la tristesse (…)”. Il gratte le verni de l’existence et nous donne l’image d’un bonheur précaire. Un jeune artiste à suivre.

Et ailleurs ?

L’émission de RuPaul a fait connaître bon nombre de fortes personnalités. Du trash pop de Sharon Needles à la pop léchée de Courtney Act, de l’électro de Violet Chachki à la pop mélancolique de Miss Fame, chaque saison est accompagnée par une flopée de singles et d’albums, assez inégaux, mais dont la qualité ne cesse de s’améliorer. La culture drag, avenir de la pop ? En attendant le nouvel album d’Adore Delano, voici Jinkx Monsoon, vainqueur de la saison 5 de Rupaul’s Drag Race, dans un registre plus cabaret – et c’est jouissif.

Sex, musik, sun,

Oskar Kermann Cyrus

Bonus: Retrouvez Divine, RuPaul, Adore Delano, Jinkx Monsoon, Sharon Needles, Courtney Act, Manila Luzon, Miss Fame, Violet Chachki, Ginger Minj, Pearl, Conchita Wurst et les autres dans la playlist de la chronique !

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